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Une tradition millénaire, à la découverte des pierres d'Iyo

15 sept.
5 min de lecture

Tout commence un jour à l’atelier DOMA, avec la visite de deux jeunes artisans venus de la préfecture d’Ehime. M. Yamamoto et M. Idemoto y exploitent une carrière et sont venus à Paris avec une cargaison de pierres naturelles d’affûtage qu’ils souhaitent me faire découvrir.


Pendant leur court séjour, nous affûtons ensemble. Je découvre leurs pierres avec leurs explications : leur toucher, leur comportement sous la lame, les différences parfois importantes d’une pièce à l’autre. Très vite, une passion commune pour l’affûtage et les pierres nous rapproche. Avant leur départ, je leur fais une promesse : la prochaine fois, ce sera à mon tour de venir les voir, pour découvrir leur montagne et leur travail sur place.


Quelques mois plus tard, me voici donc dans les montagnes d’Ehime.


Une histoire vieille de plus de 1 200 ans


Aujourd’hui assez peu connues, les Iyo-to (伊予砥) comptent pourtant parmi les pierres d’affûtage historiques du Japon. Leur utilisation est attestée depuis plus de 1 200 ans : des documents du VIIIᵉ siècle mentionnent déjà des pierres provenant de l’ancienne province d’Iyo, l’actuelle préfecture d’Ehime.


Leur histoire est également intimement liée à celle du Tobe-yaki, la célèbre porcelaine locale. Les pierres d’Iyo étaient exploitées bien avant sa naissance et, au XVIIIᵉ siècle, les rebuts issus de leur extraction servirent de matière première aux premiers développements de cette porcelaine.


Une montagne de pierres d’affûtage


Il fait très chaud ce jour d’août dans les montagnes près de Matsuyama. Je ne suis finalement pas venue seule. Parmi les amis et partenaires qui se sont joints à nous se trouve notamment M. Hattori, président de Masahiro à Seki. Je lui avais parlé de ce voyage quelques semaines auparavant lors de ma visite dans sa manufacture ; il avait immédiatement souhaité nous accompagner pour découvrir ces pierres.


La montagne est connue pour sa sécheresse. La roche claire affleure partout et, à mesure que nous avançons, une chose devient presque difficile à concevoir : toute cette montagne est constituée de la roche dont sont issues les pierres d’affûtage.


Au bout de l’unique route qui grimpe dans la montagne se trouve l’ancienne usine où elles étaient traitées. Elle est fermée depuis presque un an. M. Yamamoto et M. Idemoto continuent pourtant de venir ici. Ils entretiennent les lieux et poursuivent, à très petite échelle, l’extraction et la fabrication de pierres pour ne pas laisser disparaître ce savoir-faire.

Avant d’aller plus loin, nous nous arrêtons devant un tout petit autel installé devant l’usine. Yamamoto et Idemoto y joignent les mains et nous faisons de même. Il est dédié au dieu de la montagne. Chaque fois que nous arrivons ici, et chaque fois que nous repartons, nous venons le saluer.


Nous commençons l'exploration par plusieurs anciennes galeries. À l’intérieur, après la chaleur sèche de l’extérieur, l’air est étonnamment frais. Mais les lieux sont fragiles. Certaines galeries sont soutenues par la roche, les racines des arbres et des empilements de pierres auxquels on nous demande de ne surtout pas toucher. Avec les séismes successifs, certaines cavités sont devenues trop dangereuses pour que nous puissions nous y aventurer.

Plus haut, la carrière est à ciel ouvert et nous pouvons enfin observer directement la roche dont sont faites les pierres que j’avais découvertes quelques mois auparavant à Paris.



Lire la pierre


Leur géologie est très différente de celle des pierres naturelles de Kyoto. Les pierres de Kyoto proviennent de formations sédimentaires organisées en couches successives.


Ici, l’histoire géologique est liée à une ancienne activité volcanique : on trouve notamment des formations de tuf volcanique et des roches transformées au cours du temps par la circulation de fluides hydrothermaux.

Les Iyo-to sont riches notamment en quartz et en minéraux argileux. De très fins grains de quartz enchâssés dans une matrice plus tendre participent à l’action abrasive de la pierre.


Mais connaître la géologie ne suffit pas à connaître une pierre.

Pendant notre marche, Yamamoto m’apprend à regarder la montagne autrement : les différences entre les montagnes environnantes, les variations de roche, les qualités recherchées, les défauts à éviter. Il me raconte aussi les hommes qui ont travaillé ici et les accidents qui ont marqué la montagne.


Lui a grandi tout près, à son pied. Apprendre à extraire, reconnaître et travailler ces pierres était aussi une manière de préserver un savoir-faire appartenant au lieu où il est né.



Découvrir ce que la pierre cache


En haut de la carrière, nous choisissons quelques blocs. Impossible de savoir exactement ce qu’ils révéleront. Nous les redescendons dans nos bras jusqu’à l’usine, sur des chemins de roche sèche et instable, chargés de pierres lourdes.


Puis vient le moment de les couper.

Toutes peuvent affûter, nous expliquent-ils, mais leur qualité varie énormément. Yamamoto et Idemoto montent régulièrement sélectionner des blocs qu’ils redescendent à la main, coupent, aplanissent puis testent un à un. Au terme de tout ce travail, ils n’en conservent qu’environ 10 %.


Nous passons nos trouvailles à la scie. La pierre choisie par M. Hattori se révèle magnifique : très fine, très homogène, sans défaut apparent. Même Yamamoto et Idemoto sont impressionnés par sa qualité.

C’est peut-être ce que j’aime le plus dans les pierres naturelles. On peut apprendre à lire une montagne, reconnaître une roche prometteuse, observer sa couleur et sa texture, mais il reste toujours une part d’inconnu.

Il faut ouvrir la pierre. Et surtout, il faut affûter dessus.



Retour à l’affûtage


Nous ramenons nos pierres à leur atelier pour les essayer. Là, je découvre celles qu’ils fabriquent sur commande, les plus belles pièces qu’ils conservent précieusement, mais aussi la collection de pierres naturelles d’autres régions du Japon que Yamamoto a réunie pendant ses années d’apprentissage.


Alors nous faisons ce qui nous avait réunis quelques mois plus tôt à Paris : nous affûtons.

Nous comparons nos pierres avec celles de leur collection, leur toucher, leur vitesse, la boue qu’elles produisent, leur réaction avec différents aciers et la finesse du résultat. Nous échangeons nos techniques, nos gestes et nos façons d’interpréter ce que la pierre nous renvoie. Les discussions se poursuivent encore le soir autour du dîner.


Une pierre naturelle d’affûtage n’est jamais seulement un outil. Derrière elle se trouvent une géologie, une montagne et des centaines d’années d’histoire. Mais aussi des hommes, des gestes et une connaissance du territoire qui ne peut pas entièrement s’apprendre dans les livres.


Avant de quitter la montagne, nous étions retournés une dernière fois devant le petit autel de l’usine.

Comme nous l’avions fait en arrivant, nous joignons les mains devant le dieu de la montagne.

Puis nous reprenons la route.


Les pierres d’Iyo chez DOMA


Pour prolonger cette découverte, vous pouvez découvrir une sélection de pierres d'Iyo à l'atelier DOMA et sur notre boutique en ligne.

Nous proposons également quelques pierres conglomérées fabriquées par Yamamoto à partir de poudre de pierre d’Iyo. Leur production ayant cessé il y a près d’un an, il s’agit des dernières pièces disponibles issues de cette fabrication.


Chaque pierre naturelle étant unique, n’hésitez pas à nous contacter si vous souhaitez davantage d’informations ou être conseillé dans votre choix.


 
 
 

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